Vous avez du terrain, l'idée d'une sonde vous plaît, et vous êtes tombé sur une phrase rassurante : « dans le canton de Genève, les sondes géothermiques ne nécessitent pas d'autorisation ». Cette phrase est vraie à moitié, et la moitié qui manque coûte cher. Le régime réel tient en trois éléments : une annonce au canton 48 heures avant les travaux, une autorisation de construire qui reste due, et une carte cantonale qui oriente sans jamais décider à votre place. Voici comment ça marche.
Deux familles d'installations, deux régimes
Le canton s'est doté en 2017 d'une loi propre aux ressources du sous-sol, dont la géothermie fait expressément partie. C'est une particularité : la plupart des cantons romands traitent le sujet dans leur loi sur les eaux ou par directive.
Cette loi distingue deux familles, et toute la suite en découle :
- le système fermé — la sonde géothermique classique, un tube en U dans lequel circule un liquide, sans extraction ni circulation d'eau souterraine ;
- le système ouvert — avec pompage puis réinjection d'eau, qui relève d'un tout autre cadre, traité dans notre guide sur la nappe et la pompe à chaleur.
Pour une maison individuelle de la campagne genevoise, c'est presque toujours du système fermé qu'il s'agit.
La phrase qu'il ne faut jamais couper en deux
Voici le texte, dans son ordre réel. Les sondes géothermiques en circuit fermé, ainsi que les forages géotechniques, ne nécessitent pas d'autorisation au sens de la loi sur les ressources du sous-sol, mais doivent faire l'objet d'une annonce au canton 48 heures avant le début des travaux. Et la phrase suivante, celle qu'on oublie de citer : la nécessité d'une autorisation au sens de la loi sur les constructions est réservée.
Autrement dit : pas d'autorisation sous l'angle du sous-sol, mais l'autorisation de construire reste due pour le forage. Le canton le confirme d'ailleurs sur sa page pratique consacrée aux pompes à chaleur.
Bonne nouvelle malgré tout : lorsqu'une autorisation de construire est également nécessaire, la coordination des procédures est assurée par le canton. Vous n'avez pas à courir de guichet en guichet, et la demande part au canton, pas à votre commune — voir notre guide sur l'autorisation cantonale.
Où l'on a le droit de forer : la carte, et ce qu'elle contient
Le canton publie une carte des secteurs d'exploitation de la géothermie de faible profondeur, établie par le service cantonal compétent pour la géologie et les sols, sur la base de la cartographie hydrogéologique cantonale et des sondes déjà autorisées. Sa dernière mise à jour date du 12 juin 2025.
Elle distingue quatre catégories :
- les secteurs propices à l'exploitation par les nappes souterraines, c'est-à-dire au système ouvert ;
- les secteurs propices aux sondes verticales, le système fermé ;
- les secteurs d'interdiction de géothermie ;
- les secteurs nécessitant une demande de renseignement préalable.
Une partie du territoire cantonal est ainsi classée en secteur d'interdiction, notamment pour protéger des nappes d'eau potable. Ce n'est pas une anomalie ni une sévérité particulière : c'est le prix d'une ressource en eau proche de la surface, et la campagne genevoise en compte.
Ce que la carte ne fait pas : décider
C'est le point le plus important de ce guide, et la fiche officielle de la carte le dit elle-même : il s'agit d'une représentation simplifiée, qui ne peut prétendre à une délimitation exacte.
Traduction sans détour : l'admissibilité de votre parcelle ne se lit pas depuis un site web, y compris celui-ci. Un site qui vous annoncerait « chez vous, c'est possible » sur la base d'une couleur sur une carte vous ferait engager des dizaines de milliers de francs sur une lecture approximative. La carte oriente, le service compétent décide.
Un exemple de bon usage : vous regardez la carte, elle vous place en secteur propice — vous engagez la démarche avec un foreur, en sachant que la confirmation viendra du canton. Elle vous place en secteur de renseignement préalable — vous posez la question avant de payer une étude. Elle vous place en interdiction — vous orientez le projet vers une solution air-eau, sans perdre six mois.
Une précision sur ce que nous ne ferons pas ici. Vous trouverez sur d'autres sites des affirmations très précises sur les zones où le forage serait interdit dans ce canton, avec des noms de nappes à l'appui. Nous ne les reprenons pas : nous n'avons pas pu les retrouver dans le texte de la loi, et une interdiction citée de mémoire est aussi dangereuse qu'une autorisation inventée. Ce qui est certain, c'est que des secteurs d'interdiction existent et qu'ils figurent sur la carte cantonale. Le statut de votre parcelle se demande, il ne se déduit pas.
Les outils du canton, et le bon interlocuteur
Deux applications cantonales existent et rendent service. La première permet d'identifier les restrictions territoriales qui pèsent sur une parcelle avant de lancer un projet. La seconde sert à annoncer les travaux de sondage et de forage — c'est par elle que passe l'annonce des 48 heures. Le service compétent est celui de la géologie, des sols et des déchets.
Le canton dispose par ailleurs d'un programme public dédié à la géothermie, qui informe et accompagne. C'est une source d'information utile ; ce n'est pas une source de droit, et un renseignement obtenu là ne remplace pas une décision du service compétent.
Ce qui bascule dans un régime lourd
Pour situer les échelles, parce que la confusion existe. Dès que l'on quitte la sonde fermée et le forage simple, le régime change : la prospection et l'exploration d'une ressource du sous-sol nécessitent une autorisation, et l'exploitation requiert une concession, octroyée en principe par le Grand Conseil — par le Conseil d'État pour les ressources géothermiques d'une puissance inférieure à 5 MW.
Ce régime vise la géothermie profonde et les projets industriels. Pour la sonde d'une villa de Dardagny ou d'une ferme de Jussy, il ne s'applique pas. Le mentionner évite simplement qu'on vous vende de l'inquiétude avec.
Sonde ou air-eau : trancher honnêtement
La sonde géothermique a des avantages réels : aucune unité extérieure, donc aucun bruit dehors et aucune discussion de voisinage, et une source de chaleur stable toute l'année, ce qui améliore le rendement quand il fait froid. Elle a deux inconvénients tout aussi réels : le forage coûte cher, et il n'est pas admis partout.
Notre conseil, pour un propriétaire de la campagne genevoise : vérifiez le statut de votre parcelle avant de vous attacher à l'idée. Si le forage est admis et que vous restez dans la maison longtemps, la sonde est un excellent choix. Si le statut est incertain ou le budget serré, l'air-eau fait très bien le travail dans ce périmètre, et la place ne manque pas pour la poser correctement. En zone agricole, la vérification du régime de la parcelle passe de toute façon en premier.